Essai sur le don
Le texte fondateur. Mauss y forge la triple obligation — donner, recevoir, rendre — à partir d'enquêtes ethnographiques sur le potlatch, le kula et le hau.
Pourquoi cette ressource au LED
C’est par là qu’on commence. Tout ce que le LED explore — la dette, la circulation, la dimension politique du don, le refus du calcul — découle de ce petit livre de 1925. Mauss n’a pas découvert le don, il a montré qu’on s’était trompés sur lui : ce n’est pas l’inverse de l’échange, c’est sa forme la plus ancienne et la plus contraignante.
À lire avant tout le reste.
De quoi ça parle
Marcel Mauss, neveu et continuateur de Durkheim, compare des institutions de don observées dans les sociétés polynésiennes (le hau, l’esprit de la chose donnée), amérindiennes du Nord-Ouest (le potlatch, où l’on rivalise par la dépense ostentatoire) et mélanésiennes (le kula, circulation rituelle d’objets entre îles).
Il en tire une thèse : dans ces sociétés, donner n’est ni gratuit ni libre. C’est un fait social total qui engage tout — religion, droit, économie, morale. Et qui repose sur trois obligations enchaînées : obligation de donner, obligation de recevoir, obligation de rendre.
L’enjeu n’est pas l’objet, c’est la relation qu’il fabrique. Refuser un don, c’est déclarer la guerre. Ne pas rendre, c’est se mettre en position d’infériorité — voire d’esclave. Le don oblige.
Mauss conclut sur une question qui n’a pas vieilli : qu’est-ce que nos sociétés modernes ont perdu en remplaçant le don par le contrat ? Et que pourrait-on regagner en réintroduisant des formes de don dans l’économie ?